Courir pour la tête, pas pour le chrono : témoignages de femmes NOPé
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On a questionné sept femmes de notre univers pour parler de course à pied. Pas de chrono, pas de podium uniquement leur rapport avec le sport, le mouvement et ce que ça leur apporte vraiment dans leur vie.
Ce qu'on a découvert, c'est que derrière chaque paire d'espadrilles, il y a une raison bien personnelle de sortir courir et va bien au-delà de ce que les réseaux sociaux peuvent montrer.
Le corps bouge. La tête se pose.
C'est souvent ça, la vraie raison pour laquelle on enfile nos souliers et on sort courir. Pas les kilomètres. Pas le rythme cardiaque mais bien l’espace mental que ça crée. Pour Bianca Noël, notre directrice développement de produits, c'est presque immédiat : « Au moment où je commence à courir, tout le reste disparaît. Les petits tracas du quotidien s'effacent. » Elle court le soir, après une grosse journée. Pas pour une distance précise mais pour faire le vide.
Catherine Sauvageau, notre directrice générale, décrit quelque chose de similaire, même si ça peut sembler paradoxal : courir, c'est sa façon de relaxer. « Je suis incapable de relaxer dans l'immobilité; j'ai besoin de mouvement. Quand je cours, mon esprit se place naturellement dans un état plus calme. C'est souvent à ce moment-là que mes idées se clarifient. »
Pour Sasha (@sashaalexie), créatrice de contenu et mère de quatre enfants, la course est son moment à elle dans un quotidien où l'espace personnel est rare. « C'est aussi un sport qui m'a appris que je suis capable de beaucoup plus que ce que je pensais. » Une phrase qui en dit long sur ce que le mouvement peut changer dans l'image qu'on a de soi-même.
Cassandra Inthavong (@cassandraitg), créatrice de contenu et athlète, parle de confiance. La course lui donne les idées claires, des émotions, une certaine assurance. « Que ce soit une petite ou une longue distance, ça me permet d'avoir les idées claires et me donne confiance en moi. »
On vit dans une culture qui valorise la performance. Les chronos, les kilomètres, les records personnels. Pourtant, le mouvement n'a jamais été qu'une question de résultats. Avant tout ça, il y avait simplement l'envie de sortir, de respirer et de se sentir bien.
Maxime Ratté (@maxime.ratte_), créatrice de contenu et ancienne coureuse de compétition, a grandi dans cet univers. Ce qu'elle retient de cette trajectoire, c'est justement ce dont elle a voulu s'éloigner. « En trail, tu fais un 21 km au Mont-Royal versus en Gaspésie, t'auras vraiment pas le même temps. Alors tu t'éloignes de la performance et tu reviens un peu plus à l'essence du sport. » Pour elle, s'affranchir de la comparaison, c'est ce qui a redonné du sens à la course.
Sabrina Landry (@landrysaby), créatrice de contenu et grande sportive, le dit autrement, mais l'idée est la même. Elle voit beaucoup de gens sur les réseaux mettre l'accent sur le fait qu'au début, courir lentement, c'est correct. Mais personne ne parle de l'après. « C'est correct aussi de courir lentement après 10-15-20 ans de course à pied. L'important, c'est de courir pour se sentir bien, d'être heureuse à le faire, et d'arrêter de se comparer aux autres. »
Catherine le résume sobrement : « Chacune a ses objectifs, ses contraintes, son niveau d'expérience et sa propre définition du dépassement de soi. L'important n'est pas de faire comme les autres, mais de trouver ce qui nous fait du bien et ce qui nous donne envie de continuer. »
Quand on remet le plaisir de bouger au centre, il n'y a plus vraiment de bonne ou de mauvaise façon de faire. Certaines sorties se vivent en solo, d'autres prennent tout leur sens à plusieurs. Les deux se défendent. Et, bien souvent, c'est simplement une question de journée.
Ce qui est frappant dans les réponses reçues, c'est que presque toutes les femmes apprécient les deux, mais pour des raisons très différentes. Courir seule, c'est souvent le seul espace de la journée où personne ne demande rien. Courir ensemble, c'est autre chose : de l'énergie, de l'engagement, des liens qui se créent à un rythme qu'on ne retrouve pas ailleurs.
Annabelle (@annabelle.tp), créatrice de contenu et coureuse active, se décrit comme une social butterfly. « Certaines de mes meilleures conversations et de mes plus beaux souvenirs sportifs sont nés lors de sorties de groupe. » Malgré cela, les sorties solo sont très précieuses pour elle, parce que ce sont ses seuls moments vraiment seule avec elle-même.
Sabrina préfère courir seule la plupart du temps. Pas par manque d'intérêt pour les autres, mais parce que le pace « easy jasette » de la majorité des coureurs, c'est son pace rapide. « Courir seule me permet de courir à mon rythme, sans pression. »
Pour Catherine, c'est une question d'équilibre. Seule, elle réfléchit et ses meilleures idées arrivent. En groupe, l'engagement prend le relais. « Quand on a rendez-vous avec d'autres coureurs, il devient plus facile de maintenir sa constance. »
La route et les sentiers n'offrent pas la même expérience. Ils sollicitent le corps différemment, mais aussi l'esprit.
Annabelle le décrit avec précision : sur la route, son esprit vagabonde, elle réfléchit, elle fait de l'introspection. En sentier, c'est complètement différent. « Le terrain est plus technique et demande toute mon attention. Je dois constamment être à l'affût de ce qui m'entoure, ce qui m'empêche justement de partir dans mes pensées. » Deux façons de décrocher, deux états complètement distincts.
Maxime voit la course comme un moyen de transport, presque au sens littéral. « Ça me permet d'explorer des endroits que je ne pourrais pas faire en auto. C'est ma façon de voyager et de m'émanciper. » Le sentier, pour elle, c'est aussi une façon de s'affranchir du chrono, du bitume, de la logique de performance.
Bianca préfère les sentiers pour l'immersion totale. « On a parfois l'impression d'être seule au monde. » Mais elle court sur route la semaine, parce que c'est simple et accessible. Il suffit d'ouvrir la porte et d’enfiler ses souliers.
Plusieurs des femmes avec qui on a échangé ont une chose à dire à celle qui pense à se lancer : n'attends pas d'être prête. La course ne demande pas qu'on soit à son meilleur. Elle demande juste qu'on commence.
« Ne pas attendre d'être motivée », dit Catherine. La motivation fluctue. Ce qui tient dans le temps, c'est autre chose. « La plupart des matins, je n'ai pas plus envie que quelqu'un d'autre de sortir de mon lit. Ce qui fait la différence, c'est de savoir qu'une fois dehors, je ne regretterai pas ma décision. »
Bianca, qui court depuis quelques mois seulement, se souvient bien de l'hésitation du début. « Avant, j'avais l'impression que la course était trop exigeante. Mais j'ai réalisé qu'une fois qu'on commence, la motivation change. On ne court plus parce qu'il le faut, mais parce qu'on en a envie. »
Maxime va droit au but : « T'as pas besoin de toutes les gogosses qu'on voit partout. Fais juste te lancer. » Et commence pas trop vite. Écoute ton corps plutôt que ton BPM. « C'est pas ton BPM ou des zones qui peuvent te dire si tu vas trop vite ou pas assez vite. C'est tes sensations. »
Sabrina résume en une phrase ce que tout le monde tourne autour : « La course à pied est un merveilleux sport, et on ne devrait pas avoir à se mettre une pression quelconque. »
Chaque femme a son rythme, son terrain de jeu et ses raisons de courir. Certaines cherchent à se dépasser. D'autres veulent ralentir, respirer ou simplement prendre un moment pour elles. Il n'y a pas une seule bonne façon de bouger, seulement celle qui te ressemble.
Au fond, ce qu'elles partagent, c'est que la course leur appartient. Elle s'adapte à leur vie, à leurs besoins et à leurs envies, jamais l'inverse. C'est là que le mouvement prend tout son sens : quand il devient une source de bien-être plutôt qu'une obligation.
Alors, peu importe que tu choisisses la route ou les sentiers, une sortie en solo ou entre amies, un premier kilomètre ou un dixième. L'important, c'est de sortir, de respirer et de retrouver le plaisir de bouger.
Parce qu'au final, bouger à ton rythme, c'est déjà avancer.


